L’herbier de zostères

L’herbier de zostères

Zostera noltei Hornemann, 1832

Plantae (Règne)
Magnoliopsida (Classe)
Alismatales (Ordre)
Zosteraceae (Famille)
Zostera (Genre)
Zostera noltei (Espèce)
Synonyme: Nanozostera noltei 
Clé d’identification :
Phanérogame (plante à fleurs) possédant des feuilles, une tige souterraine appelée rhizome  et des racines contrairement aux algues 1 à 3 feuilles fines (1,5 mm) et relativement courtes (20-30 cm maximum) de couleur vert clair, présentant 3 fines nervures parallèles Extrémité à bord lisse Rhizome blanc verdâtre mince (2 à 5 mm) A ne pas confondre avec Zostera marina (feuilles plus larges et plus  longues qui peuvent atteindre 1,2 m), Cymodocea nodosa (feuilles plus larges et une tige souterraine rouge) ou Ruppia cirrhosa (même taille mais dont les bords sont denticulés)

Distribution géographique : Atlantique (de la Norvège au tropique du Cancer), lagunes et mer Méditerranée, mer Noire, mer Caspienne

Biotope : La zostère naine est une espèce ingénieure de l’écosystème qui forme des couverts végétaux, appelés herbiers. Ils sont parfois denses, comparables aux prairies terrestres. Cette plante marine est tolérante à une grande variabilité de conditions environnementales. Elle peut ainsi se développer dans des eaux à température et à salinités variables sur les vases sableuses de l’étage infralittoral mais aussi dans les lagunes.

Conservation : La convention de Barcelone (adoptée en 1976) et le protocole relatif aux Aires Spécialement Protégées et à la Diversité Biologique en Méditerranée (adopté en 1999) définissent la liste des espèces en danger ou menacées, Z. notei y est spécifiquement mentionnée.  
Pourquoi faut il à tout prix protéger
les herbiers de zostères ?

Comme nos forêts,  les herbiers détiennent un rôle fondamental pour l’équilibre de la planète et la survie des espèces. Ils oxygènent le milieu marin tout en captant le CO2. Ils séquestrent le carbone dans leurs litières. Ils ralentissent les courants et piègent les particules, protégeant ainsi les côtes de l’érosion. Ils offrent à la biodiversité marine « le logis » et « le couvert ». Ils sont ainsi connus pour abriter de nombreuses espèces de mollusques, polychètes, crustacés, échinodermes et poissons au stade juvénile comme au stade adulte. Il est ainsi fondamental de les respecter et de les protéger en limitant les pollutions et en évitant de les piétiner ou de les arracher par l’ancrage des bateaux.

Recherches au sein de MARBEC

La dynamique saisonnière des herbiers de zostères diffère en fonction des sites et des régimes des marées. Les populations de la lagune de Thau montrent une stabilité saisonnière dans leur morphologie contrairement aux populations atlantiques qui perdent leurs feuilles au cours de l’hiver.

Les macrophytes (plantes et algues) sont observés au peigne fin par les scientifiques pour définir la qualité des milieux côtiers et des lagunes vis-à-vis de l’eutrophisation. Dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), les plantes marines dont Z. noltei sont considérées comme des espèces de référence et interviennent dans le calcul des indicateurs d’état écologique des lagunes.

Bonne nouvelle:  Grâce à de nombreux efforts effectués au niveau des stations d’épuration et des réseaux d’assainissement, la lagune de Thau est en voie de restauration engendrant l’augmentation de la couverture des herbiers dans la lagune depuis 2008. 

Quel est l’impact du réchauffement climatique sur les herbiers de zostères ? 

Une étude a passé en revue une soixantaine d’articles de 1975 à 2020 sur le sujet. Sur la base majoritairement d’expériences au laboratoire ou en mésocosme, ces études ont montré que l’augmentation de la température aurait un effet globalement négatif pour Zostera noltei et Zostera marina. Les vagues de chaleur induiraient un effet négatif sur les herbiers de Zostera marina mais l’effet de cette pression pourrait différer en fonction de l’origine de la plante.

Une étude locale réalisée dans le cadre de la thèse de Doctorat de Constance Bourdier-Lombardot a mis en évidence une résilience globale des populations de Z. noltei de la lagune de Thau. Z. noltei tirerait profit de vagues de chaleurs modérées (+4°C) au printemps, mais serait vulnérable aux vagues de chaleur de forte intensité (+ 6°C) en été.

Un des plus grands herbiers marins du monde (4 300 km²) se trouve en Australie. Il est  constitué de Posidonia australis et a été fortement touché par une vague de chaleur au cours de l’été 2010-2011, entraînant la disparition d’un tiers de la superficie de cet habitat. Cette perte a libéré beaucoup de carbone stocké durant 6 ans, aggravant le changement climatique. Elle a aussi perturbé la chaine alimentaire de nombreuses espèces marines comme les dugongs, les invertébrés, les poissons et les dauphins.

Avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, la survie de ces écosystèmes devient incertaine, d’où l’importance de mieux les protéger.

Les herbiers te fascine ? Nous vous conseillons de participer aux rendez vous de l’été proposés par le Syndicat Mixte du Bassin de Thau (SMBT), en partenariat avec le CPIE du Bassin de Thau. Ces rencontres ont lieu dans le cadre de leur campagne annuelle de sensibilisation pour protéger les « Herbiers de l’étang de Thau » – Natura 2000

Quelques chiffres
:
Depuis 2016 : + de 10 000 personnes sensibilisées
200 animations organisées dans le bassin de Thau
8 000 € investis chaque année
Et une 10e édition à fêter l’été 2026

Des gestionnaires et des scientifiques se mobilisent pour restaurer activement les herbiers de zostères

Dans la lagune de Berre, des scientifiques tentent de relancer la biodiversité en transplantant des herbiers. D’après Nicolas Mayot (GIPREB) les résultats sont prometteurs. Grâce à la mobilisation de nombreuses personnes, près de 8 m² d’herbiers ont été replantés à l’aide de 1200 carottes en 2024 permettant à l’herbier de se propager sur une surface de près de 300 et 400 m² après 4 mois.

De telles démarches sont en cours et se multiplient à l’échelle européenne  grâce à l’entrée en vigueur de la loi sur la restauration de la nature  au 18 juin 2024. Son objectif est de restaurer au moins 20 % des terres et des mers de l’Union européenne d’ici 2030 et de tous les écosystèmes dégradés d’ici 2050. Dans ce cadre, lAlliance européenne pour la restauration des herbiers marins (ESRA) a été créée pour favoriser la coopération et les échanges entre états membres.

Pour aller plus loin ?

Engage-toi pour la nature comme l’ont fait de nombreux bénévoles et écoliers au Royaume Uni en collaboration avec l’association WWF et l’Université de Swansea

Pour plus de renseignements, contactez nos experts MARBEC : vincent.ouisse@ifremer.fr, nicolas.cimiterra@ifremer.fr, valerie.derolez@ifremer.fr
ou encore Camille Pfleger (c.pfleger@smbt.fr) chargée de mission Natura 2000 et Biodiversité au SMBT
Auteurs : Quentin Chaudat (Des Ricochets sur les pavés) et
Marion Richard (Ifremer/MARBEC)
Merci aux experts pour leur relecture
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